Jacqueline et le Limousin

Photo Jacqueline bonne

Une saga impressionnante

Jacqueline Chardon-Lejeune est née le 3 mars 1926 à Bourges, sous le signe du Poisson.

Après une jeunesse engagée dans la résistance et des études aux Beaux-arts,

JCL commence sa carrière comme attachée de banque, puis bifurque très vite vers l’art.

Au début des années 1970, elle travaille à Paris avec plusieurs galeristes.

Collaboratrice de la galerie Romanet, rue de Seine, elle s’initie au savoir-faire des galeristes mais les options de cette galerie ne sont pas les siennes : elle découvre l’art brut et le surréalisme

En 1972, Elle se lie avec Victor Brauner, qui concilie avec génie ces deux tendances, et, elle l’épaule dans sa conquête de la notoriété .Elle va passer 6 ans avec lui. Pour lui, elle ouvrira sa propre galerie.

«Les Halles étaient tout à fait différentes à cette époque. En cherchant un endroit pour créer une galerie, je suis tombée sur une petite boutique de 70 m2. En ressortant dans ce quartier où travaillaient de nombreux poissonniers, j’ai trouvé une vieille enseigne où était inscrit ces mots « poisson d’or », se remémore Jacqueline Chardon-Lejeune.»

C’est à ce moment là qu’elle : « décide d’abandonner toute activité alimentaire sécurisante, mais totalement réductrice ; être bouffée pour pouvoir bouffer, pour se consacrer à temps complet à la seule activité qui m’ait jamais intéressée : bâtir des expositions et les donner à voir ».

Son projet, à l’enseigne très opportunément « braunérienne » prendra forme avec la « galerie Poisson d’Or. »

Ce sera le début d’un long parcours pour soutenir de nombreux créateurs et cela dès le premier pas dans leur atelier.

« J’aime traîner mes guêtres dans les ateliers. Un homme peut mentir, pas un atelier ».

« Ca les aide à vivre, comme ça m’aide à vivre. »

Elle est vite reconnue par les connaisseurs comme une papesse des Arts « marginaux ». C’est une découvreuse et sa réputation grandit à Paris. La galerie Poisson d’Or est un pôle d’attraction pour tous ceux qui se passionnent pour l’art Brut et le surréalisme.

La première association Poisson d’Or voit le jour en Ile de France. Les statuts définissaient leur raison d’être : « développer par tous les moyens autorisés par la loi, la diffusion et la propagation de la création artistique sous toutes ses formes (arts plastiques, poésie, musique et toute activité pouvant s’y rapporter. »

Cette idée essaimera dans toute la France. Jacqueline ne peut se cantonner à Paris, elle part à la recherche des artistes et de ballade en ballade elle s’implante à Auch puis arrive en Limousin, à Nieul précisément, dont le château convient à son imaginaire. Elle y mettra au point sa praxis : construire en province de grandes  expositions collectives à thème, appuyées le plus souvent sur un livre-catalogue, puis les faire tourner. L’épouvantail par exemple sera présenté 18 fois, jusqu’en Hongrie.

Elle organise sa première exposition à Nieul en 1978.

En 1979, elle propose  les Trois Parques ; c’est comme une révolution en Limousin, et/ou une révélation.

Désormais grâce à la générosité et à la compréhension de Jean Mahaut, le maire, elle va s’installer à Nieul et y présenter des expositions qui remuent les méninges des amateurs d’art.

Son horizon s’élargit, Poisson d’Or a une succursale à Lyon, un espace de 500 m2 où les expositions se renouvelaient tous les 15 jours, espace géré par Micheline Mazerot, à Rodez, la Menuiserie gérée par Jeanne  Ferrieu, Nice  avec Françoise Salkin. Poisson d’Or Paris est fermé. Les expositions tournent partout en France.

En Limousin qui reste sa base de travail principale, grâce à la protection compréhensive de Louis Longequeue, maire de Limoges, elle organise tous les deux ans, le Printemps des Arts Plastiques, sorte de festival de l’Art dans la rue, dans des galeries improvisées, sur un thème donné, c’est un succès et –enfin- l’art devient un objet de contemplation et d’action en Limousin, alors que jusqu’ici, il était caché et réservé à quelques initiés.

Il faudrait parler aussi des relations privilégiées qu’elle entretenait avec les artistes qu’elle avait choisis ou découverts.

C’était un guide, un œil impitoyable, elle était attentive à tout ce que l’on créait, encourageant et favorisant la liberté d’être.

Une grande dame

« Au travers de ces fluctuations, s’est formé un noyau vivace, à la fois compact et diversifié, qui a très vite fonctionné comme un collectif.

Il est formé d’artistes mais aussi de gens intéressés par l’Art, qui aimaient le choix de la galerie, la façon dont se vivaient ces choix, une certaine chaleur, des vernissages sans contrainte, des soirées de musique. »

Jacqueline et le Limousin

Il est tout à fait normal qu’un tel livre prenne naissance en Limousin où elle œuvra si fortement.

Sa rencontre avec Jean Mahaut en 1978 et la création du Comité d’Action Culturelle de Nieul, en 1981 lui permirent de disposer d’un grand lieu d’exposition au château de Nieul.

D’autres lieux ont suivi, comme la grange de Grossereix (600m2) attribuée après une entrevue avec Louis Longequeue, maire de Limoges, puis la grange du Moulin Pillet.

L’association Poisson d’Or Limousin a également travaillé pour le congrès des maternelles en 1980 qui a marqué nombre d’enseignants.

Elle a aussi investi le CCSM Jean Gagnant, l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs d’Aubusson, le Musée des Pays de Creuse à Guéret, le Centre Culturel de Bellac.

Comment la ville de Limoges pourrait-elle oublier la création du Printemps des Arts Plastiques en novembre 1988 pour fêter le 10ème anniversaire de Poisson d’Or Limousin.

Douze lieux, plus de 30 artistes et un vernissage déambulatoire.
« Jamais on n’aurait cru que le Limousin c’était çà ! »

C’est en novembre 1988 que, sous le titre « Le Rameau d’Or ou le Miroir du Merveilleux » Poisson d’Or fêtait le dixième anniversaire de son arrivée en Limousin.

A Limoges :

–     Chapelle de la Visitation – 9, rue François Chénieux (La Limousine)

–          Chapelle de la Règle – 5, rue de la Règle (Fédération des Compagnons du tour de France)

–           Galerie Christel – 15, boulevard Louis Blanc (Christian et Simone Christel)

–           Galerie 39 A – 39, rue Adrien Dubouché (Simone Nathan Ascher)

–           Les Ouvrageurs de la Pierre au Bois – rue du Canal (Association)

–           Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) – 1, rue des Allois

–          Salle Blanqui – Mairie de Limoges

–          Pavillon de l’Orangerie du Musée de l’Evêché

–          Grange du Moulin de Pillet – RN 20 en direction de Paris, à la sortie de Beaune les Mines (Association Poisson d’Or Limousin)

–          L’Auditorium – 41 ter, rue de Feytiat

A Nieul :

– Château de Nieul (Comité d’Animation Culturelle de Nieul)

A Bellac :

– « L’Abritage » au village de l’Hospital (entre Bellac et Mezières sur Issoire) – Chantal Bouthegourg, Claude Moyns et Patrick Bidron.

De cette expérience naissait une biennale : le Printemps des Arts Plastiques.

En tout, une vingtaine d’expositions, neuf biennales des Arts Plastiques vont se succéder, chaque fois accompagnées de catalogues.

« C’est ainsi que naquirent une vingtaine d’expositions dont :

Le Chemin des épouvantails.

Les trois Parques.

La Machine à Rien.

L’Homme cet Animal au sourire si doux.

Les Forêts de Mélusine.

Narcisse ou les jeux du Miroir.

Architectures distraites.

Candide ou le Naïf au jardin.

MOT’ART ou l’Homme et la Moto.

Marais et Marées.

Au Pays des Merveilles.

L’Homme nu.

Dîner de Têtes.

Le Lac des Fées.

Auprès de mon Arbre ou Berceau des Violes.

Puis dans le cadre du Printemps des Arts Plastiques :

1988 – Le Rameau d’Or ou le Miroir du Merveilleux.

1989 – Un ensemble d’expositions réunies autour du peintre Emile Salkin.

1991 – Observer le Silence.

1993 – Ophélie et les grands Bateaux.

1995 – J’ai descendu dans mon Jardin.

1997 – Jeux de Parures, Jeu de Parure.

Vingt ans d’aventures Limousines

Jacqueline Chardon Lejeune écrivait au printemps 1999.

« En mai 1999, vingt ans après, se déroule le VIIème Printemps où nous célébrons l’anniversaire de nos aventures limousines. Entre ces deux dates commémoratives, Poisson d’Or a œuvré selon sa vocation de défense d’un art contemporain sans exclusive. Tout en continuant à pratiquer la diffusion d’art selon un mode classique, l’association s’est rapidement orientée sur ce qui devint et demeure l’essentiel en même temps que l’une des originalités de son travail : élaboration puis circulation de grandes expositions d’art contemporaine regroupant de nombreux artistes d’un genre particulier où se déclinent les thèmes d’une mémoire ancestrale qui recrée avec le passé le lien sans lequel le présent s’effrite tandis que l’avenir demeure une hypothèse hasardeuse. »

« Enfin en 1999, sous le titre « Rétrospectives d’Artistes » nous présentons trois créateurs que nous connaissons bien, qui, au fil du temps, ont réussi à maîtriser une recherche exigeante, riche en surprises et découvertes. Ils nous apparaissent prêts à affronter l’épreuve difficile du rétrospectif tant par leur maturité que par la force, l’importance et la valeur de leur œuvre.

Il s’agit de René Barraud, Patrick Fabre et Serge Lask. Ils font partie de ces artistes rares qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes et qui, indépendamment de toutes les tentatives de réductions, expriment sans concession l’originalité évidente de leur monde et de leurs nécessités. Ces inclassables dont le regard lucide éclaire la face cachée des choses qu’ils remettent en question »

« En dévidant l’écheveau d’œuvres individuelles diverses et solidement charpentées  …  c’est le droit à la différence que nous défendons »

Jacqueline Chardon Lejeune mars 1999.

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